Quand le patron canadien d’une entreprise minière considère le Limousin comme le « milieu de nulle part »

Alors qu’une de ses filiales explore le sous-sol de la région de Saint-Yrieix-la-Perche, un patron canadien affirme que le Limousin est une région sous-peuplée, peu propice à l’agriculture, mais très prometteuse pour son or.

Par Guillaume Bellavoine

Publié le 29 juin 2025 à 11h55

Le POPULAIRE du Centre https://www.lepopulaire.fr/saint-yrieix-la-perche-87500/economie/quand-le-patron-canadien-d-une-entreprise-miniere-considere-le-limousin-comme-le-milieu-de-nulle-part_14711211/

Dans le podcast anglophone Mining Stock Daily, le président directeur-général de la société Aquitaine Metals Corp. décrit d’une façon peu reluisante le Limousin, une région dans laquelle une de ses filiales – La Compagnie des mines arédiennes – mène actuellement des sondages miniers.

« C’est un peu le milieu de nulle part en France », affirme Chris Taylor au cours de cette interview repérée par le Comité citoyen pour une information indépendante. Il situe « la ville la plus proche à environ une heure et demie de route » et caractérise la campagne comme « très peu peuplée ». Pour appuyer son propos, il explique même en anglais la signification du terme « limoger », évidemment d’une manière péjorative.

Pas d’agriculture ?

Il considère enfin que la région est peu propice à l’agriculture. « On n’y fait pas de vin, il n’y a pas de grandes cultures ou quoi que ce soit de ce genre », détaille le PDG de cette société basée à Vancouver (Canada).

Dans ce même podcast, Chris Taylor déploie un discours différent de son équipe française quant à la finalité des recherches minières. Si la Compagnie des mines arédiennes met surtout en avant la découverte de métaux stratégiques, nécessaires pour assurer la transition énergétique, le grand patron évoque principalement la teneur en or du sous-sol arédien. Il déclare ainsi que la région de Saint-Yrieix-la-Perche est un des meilleurs « projets aurifères » qu’il ait vus dans le monde ces dernières années. 

« C’est un discours porteur mais c’est du vent »

« On noie le poisson quand on nous parle des métaux nécessaires à la transition énergétique. C’est un discours porteur mais c’est du vent. Ce qui est mis en avant à l’international, c’est l’or, l’antimoine n’arrivant que dans un second temps », estime Amandine Barascut, du Comité citoyen pour une information indépendante.

Depuis le printemps, la Compagnie des mines arédiennes mène des sondages miniers, à plusieurs centaines de mètres de profondeur, dans le sous-sol de Saint-Yrieix-la-Perche. Avant ce travail, les géologues ont mis en exergue l’intérêt des souterrains de la région pour l’or, l’argent, le cuivre, le zinc et l’antimoine.

L’État a octroyé quatre permis de recherche exclusifs de recherche dans les alentours de Saint-Yrieix-la-Perche. Trois en 2022 à la Compagnie des mines arédiennes. Un début 2024 à la société Aurelius ressources, qui dépend d’une société britannique.

Une nouvelle association d’opposants

Le Comité citoyen pour une information indépendante, clairement opposé à l’avènement de nouvelles mines, a tenu sa première réunion publique, mercredi 25 juin, à Saint-Yrieix-la-Perche, en présence de trente-cinq personnes. « Notre objectif est de rechercher une information fiable et indépendante des intérêts financiers pour se faire un avis sur les projets miniers », explique Amandine Barascut, sa porte-parole.

La jeune association, qui affirme ne pas se construire en opposition à Stop mines, mais en complément, a notamment pour intention de donner à un expert indépendant la mission de réaliser une étude hydrologique. « Alors qu’il va manquer de l’eau pour l’agriculture, nous voulons connaître l’impact futur d’une exploitation minière », souligne Amandine Barascut.

Dans l’immédiat, l’association envisage de contester en justice la légalité de l’autorisation du préfet de réaliser des sondages miniers à cinq endroits en dehors des permis exclusifs de recherche.

Contact :comite-citoyen.87.@lilo.org.

Notes sur la demande d’extension du PER de Douillac, sur l’avis de l’Autorité environnementale

  • « AGC a été fondée par les deux fondateurs de Discovery Group, également directeurs de la banque d’investissement Canaccord Genuity 2 , pour développer en Haute-Vienne un projet d’exploration sur les sites des anciennes mines d’or de la région de Saint-Yrieix-la-Perche. Les actionnaires fonda-teurs et dirigeants de AGC sont selon le dossier des spécialistes expérimentés de l’exploration et du développement de projets miniers. »

En note du bas de cette page 7, on peut lire : « Discovery Group est une alliance de sociétés privées canadiennes axées sur le développement de projets d’exploration minière. Elle a levé plus d’un milliard de dollars canadiens de capitaux depuis 2002, investi plus de 2,6 milliards de dollars en fusions et acquisitions depuis 2016 et a développé et vendu plusieurs projets d’exploration et exploitation, en particulier d’or, pour des montants de 100 à 500 millions de dollars canadiens. Canaccord Genuity est une banque d’investissement indépendante, particulièrement active dans les secteurs des services miniers et de l’extraction des métaux de base (fer), des métaux précieux et spéciaux (dont lithium, cobalt), du graphite et de l’uranium. »

On peut s’interroger sur les réelles intentions de Discovery Group : cette société semble avoir pour vocation l’exploration puis la revente des sites prometteurs ; dans ce contexte, les estimations  socio-économiques liées à l’exploitation (en particulier le nombre d’emplois créés) sont très largement discutables, puisque la société ne s’intéresse qu’au profit généré par la revente de la concession.

À ce propos, on peut citer quelques extraits de la récente interview d’un des dirigeants de la compagnie :

« « C’est un peu le milieu de nulle part en France », affirme Chris Taylor au cours de cette interview repérée par le Comité citoyen pour une information indépendante. Il situe « la ville la plus proche à environ une heure et demie de route » et caractérise la campagne comme « très peu peuplée ». Pour appuyer son propos, il explique même en anglais la signification du terme « limoger », évidemment d’une manière péjorative. […] Il considère enfin que la région est peu propice à l’agriculture. « On n’y fait pas de vin, il n’y a pas de grandes cultures ou quoi que ce soit de ce genre »

Le mépris pour la région et ses habitants est on ne peut plus claire !

« Dans ce même podcast, Chris Taylor déploie un discours différent de son équipe française quant à la finalité des recherches minières. Si la Compagnie des mines arédiennes met surtout en avant la découverte de métaux stratégiques, nécessaires pour assurer la transition énergétique, le grand patron évoque principalement la teneur en or du sous-sol arédien. Il déclare ainsi que la région de Saint-Yrieix-la-Perche est un des meilleurs « projets aurifères » qu’il ait vus dans le monde ces dernières années. »

La priorité étant donnée au potentiel aurifère du secteur, nous sommes loin du discours gouvernemental sur l’indépendance de la France et de l’Europe en matériaux dits stratégiques pour la transition écologique.

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