15 millions de litres de polluants dans la nature. Les élus du centre-Bretagne en colère contre la mine Imerys

C’est lors du comité de suivi annuel de la mine d’andalousite Imerys à Glomel (Côtes-d’Armor) que les élus du centre-Bretagne ont appris qu’un incident majeur avait généré une pollution importante. 15 millions de litres d’effluents acides pollués par des métaux lourds ont été déversés en amont de la réserve naturelle de Glomel.

La mine à ciel ouvert d’extraction d’andalousite de Glomel (Côtes-d’Armor). • © Images aériennes Imérys

C’est le média d’enquêtes indépendant en Bretagne Splann! qui a révélé cet incident et l’émoi des élus du Centre-Bretagne. Une révélation de plus, après celle faite en mars 2026 sur le déversement de 3 000 à 3 500 litres de produits chimiques dans la nature, en juillet 2021.

15 millions de litres d’eaux polluées rejetés dans un ruisseau

L’incident a été dévoilé par la société minière lors de la présentation de son bilan annuel lors du comité de suivi du 23 juin. Rappelons que la multinationale Imerys peut extraire sur son site de Glomel chaque année jusqu’à 1,5 million de tonnes de roches et raffine dans ses deux usines un quart de la production mondiale d’andalousite.

Pressée de questions lors de cette réunion sur le fait que des bassins d’effluents étaient pleins, la société a reconnu et décrit des incidents liés aux pluies d’hiver alors que des pompes étaient en panne. Le nouveau directeur du site a fini par admettre un « rejet d’eau non conforme » d’une tout autre ampleur fin février 2026. Au total : 15 millions de litres rejetés dans la nature.

Bassin d’eaux acides collectées par Imerys au pied des verses de déchets miniers sur lesquels elles ruissellent. • © Splann!

En fait, selon Splann!, cette « eau non conforme » correspond à des effluents acides et corrosifs lourdement contaminés. En ruisselant sur les montagnes de déchets miniers du site, qui s’étendent sur 265 hectares, l’eau de pluie oxyde les sulfures qu’ils contiennent et se transforme en acide sulfurique.

Or, cet acide draine les contaminants métalliques présents dans les roches avant de s’accumuler au fond des fosses. Ces 15 millions de litres d’effluents ont été déversés dans le Crazius, un affluent de l’Ellé, situé à 1,6 km en amont de la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern et à 6 km du premier captage d’eau potable.

L’absence de représentants de l’Etat remarquée

Lors de la réunion du 23 juin où étaient présents des élus locaux, des associations environnementales, des représentants des syndicats des eaux et des deux commissions locales de l’eau, les cadres d’Imerys ont assuré que la pollution « s’était diluée très rapidement » et qu’ils en avaient informé la Dreal (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) Bretagne, organisme dépendant de l’Etat.

La société Imerys nous a précisé par communiqué qu’ « un programme d’actions correctrices a par ailleurs aussitôt été engagé (surveillance renforcée, intervention sur les équipements de pompage, correction des dysfonctionnements identifiés et sécurisation progressive du dispositif de gestion des eaux), afin d’accroître la résilience de nos infrastructures face à de tels événements climatiques. »

À l’heure d’aujourd’hui, on ne sait toujours pas si la Dreal a bien été informée et a traité l’information sur cette pollution. On n’a aucun retour des services de l’Etat.Sandra Le Nouvel

présidente de la communauté de communes du Kreizh Breizh

Nous avons contacté Sandra Le Nouvel, présidente de la communauté de communes du Kreizh Breizh. Elle était présente au comité de suivi. Elle s’étonne encore que les services de l’Etat n’aient pas été présents à ce comité de suivi.

Elle avoue avoir cherché à joindre ce soir-là le sous-préfet des Côtes-d’Armor, qui lui aurait répondu que ses services étaient mobilisés sur l’urgence de la canicule.

« Les sièges de l’Etat et de la Dréal étaient vides. Or, ce sont eux qui sont alertés en cas d’incident. Si on peut s’insurger qu’Imerys nous ait cachés, à nous élus, des pollutions, il faut savoir qu’en droit, ils sont en règle car ils n’ont obligation que de prévenir la Dreal. À l’heure d’aujourd’hui, on ne sait toujours pas si la Dreal a bien été informée et si elle a traité l’information sur cette pollution. On n’a aucun retour des services de l’Etat ».

Celle qui affirme que les élus locaux « parlent d’une seule voix » et qui s’insurge de l’absence des services de l’Etat, avoue ressentir un sentiment d’abandon par la préfecture.

L’élue tient à réagir également à l’argument de la dilution de la pollution évoquée par les cadres d’Imerys : « Comment peut-on dire que le problème s’est résolu en se diluant ? La dilution n’empêche pas qu’il y ait toujours autant de polluants. Les résultats de mesure sont peut-être bons mais il y a autant de pollution. »

Une confiance qui se délite au fil des incidents

Sandra Le Nouvel affirme que les élus n’ont pas attendu ce nouvel incident pour commencer à demander des comptes à la société minière internationale. Depuis l’alerte de Splann! en novembre 2024 sur la contamination de la réserve naturelle par des métaux toxiques présents dans les eaux rejetées par Imerys, alors que les études payées par l’entreprise n’en faisaient pas cas, les élus locaux avouent que « cela devient compliqué d’accorder sa confiance à la société minière ».

« Le cahier des charges à respecter par l’entreprise en matière d’environnement n’est pas suffisamment strict » lance Sandra Le Nouvel. Comme le précise la préfecture des Côtes-d’Armor, contactée par Splann!, « le législateur a prévu que les exploitants de carrières réalisent, à leurs frais, les contrôles d’autosurveillance qui leur sont imposés ».

Cette étude sera donc financée par le territoire et donc par les contribuables qui seront les futures victimes des pollutions.Sandra Le Nouvel

présidente de la communauté de communes du Kreizh Breizh

Face aux défaillances de l’entreprise, les élus locaux envisagent dorénavant de lancer leurs propres études : « On sait qu’une mine est naturellement polluante mais il faudrait en connaître l’impact réel. On va donc sans doute lancer une étude indépendante nous-même. Il faudrait des capteurs de poussières par exemple. Cette étude, si elle voit le jour, sera donc financée par le territoire et donc par les contribuables qui seront les futures victimes des pollutions. Un non-sens. Je ne comprends pas qu’une entreprise internationale n’ait pas compris qu’on ne pouvait plus exercer de nos jours une telle activité sans prendre en compte suffisamment l’environnement. Actuellement, ce sont des pratiques industrielles d’un autre temps. »

Sur la thématique des poussières, Imerys, qui dans son communiqué précise vouloir travailler de consort avec les autorités préfectorales, tient à préciser que « concernant les poussières, les recommandations de la Dreal et les demandes formulées lors du comité de suivi, notamment sur le dispositif de surveillance, seront rapidement examinées dans le cadre de la démarche d’amélioration continue déjà engagée par le site ».

L'extraction de l'andalousite sur le site minier de Glomel.
L’extraction de l’andalousite sur le site minier de Glomel. • © France TV

Une colère grandissante

Contactée également, Célia Izoard, le journaliste de Splann!, auteure de l’article, nous dit avoir relevé un changement dans l’attitude des élus locaux et une colère qui monte.

Au fil des alertes et des incidents de pollution et face au fait que la préfecture ne communique toujours pas sur le rapport suite aux révélations de déversement de milliers de litres de produits chimiques, la Région Bretagne et les élus prennent des mesures.

La Région, autorité de classement de la réserve, a écrit à la préfecture pour exiger une étude indépendante sur l’impact de la mine. Une demande sans réponse.

Aline Bifolchi, conservatrice de la réserve naturelle régionale, présente à la réunion du 23 juin, se dit « atterrée » et ajoute auprès de Splann! : « Il est inacceptable d’avoir l’information des mois plus tard. Il aurait fallu faire des mesures en direct. Où sont partis tous ces contaminants ? Dans le fond de la rivière ? Dans les prairies humides autour ? Nous exigeons une transparence totale sur les dysfonctionnements de cette mine ».

La mairie de Glomel, a délibéré à l’unanimité le 5 avril pour dénoncer, si l’enquête du parquet de Saint-Brieuc confirme les faits de déversement de produits chimique, une « atteinte grave à l’environnement et à la santé publique, justifiant une réaction ferme de la collectivité ».

Célia Izoard nous cite également les positions de la mairie de Mellionnec et du Faouët qui constatent « le mode d’exploitation manifestement défaillant de la mine d’andalousite de Glomel » et exigent « une surveillance renforcée des captages d’eau » et des « inspections régulières et inopinées » de l’entreprise par les services de l’État.

La journaliste ressent bien que les élus réalisent que l’autocontrôle effectué par l’entreprise d’extraction ne donne pas de résultats probants.

Pour Sandra Le Nouvel, présidente de la communauté de communes du Kreizh Breizh, une évidence s’impose : « de toute façon, la carrière est là. On n’a donc pas le choix : tout doit être mis en action pour éviter toute pollution ».

Suite aux révélations de Splann!, le procureur de la République de Saint-Brieuc, contacté par Ouest-France, fait savoir qu’il va s’intéresser aux faits sans ouvrir de nouvelle enquête. Ces faits viennent en complément de l’enquête déjà en cours. À ce stade, le parquet indique ne pas avoir plus d’éléments à transmettre.

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