Les questions en débat

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Quelles sont les questions en débat ?

 

Les sociétés minières communiquent aujourd’hui largement sur les atouts supposés de l’exploitation minière. Faisons un point sur les trois principaux arguments des sociétés minières.

 

1- L’exploitation des métaux en France : une nécessite à tout prix ?

 

« Le potentiel minier français est suffisamment important pour justifier la réouverture de mines. Trois métaux présentent un fort potentiel de développement sur le territoire métropolitain : l’or, le tungstène et l’antimoine. » Jean-Claude Guillaneau, directeur des géoressources au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), 27 janvier 2016, Gazette des communes.

 

La position de l’État semble ici sans ambiguïté : c’est le potentiel minier qui justifie des réouvertures de mines. Pourtant ce potentiel n’a pas évolué depuis leur fermeture. Il ne s’agit pas là d’une ressource renouvelable. Mais qu’est ce qui a changé depuis 10 ans ?

 

La réalité du fondement d’une telle affirmation est uniquement économique et conjoncturelle.

Le cours de l’or est passé de 14 000 € le kg en janvier 2006 à 43 000 € le kg en septembre 2012 au plus haut de la crise mondiale, l’or servant alors de valeur refuge.

Si il a ensuite chuté à 28 000 € le kg en décembre 2013, le cours a aujourd’hui tendance à se stabiliser à 30 000 € le kg, soit tout de même le double de sa valeur avant la crise. Le cours a donc globalement doublé en 10 ans.

De quoi ressortir des cartons les projets miniers, puisque le coût de l’exploitation devient potentiellement rentable. De quoi permettre aux industriels du secteur de promettre à l’État de la croissance et de l’embauche.

Et comme l’État est en recherche de solutions rapides pour retrouver une croissance à tout prix, c’est le Ministre du redressement productif qui franchit le pas en juillet 2014 en annonçant la relance des mines en France (gaz de schiste aidant).

 

Ce choix public au sommet de l’État est pourtant critiquable puisqu’il oublie que les ressources minérales appartiennent au patrimoine national. Sa gestion et les conditions de son exploitation devraient de ce fait être réfléchies dans un contexte de long terme, et pas seulement abandonné aux intérêts économiques ou à la croissance de court terme. L’État a ici une obligation de gestion durable de ce patrimoine.

 

Philippe Bihouix, ingénieur, rappelle bien les enjeux[1] :

« Cet « extractivisme », en France, comme ailleurs, relève de la fuite en avant. Pour suivre la croissance de la demande, on a presque triplé le tonnage extrait de minerais de fer, d’aluminium et de nickel, et plus que doublé celui de cuivre, de zinc et de plomb, en à peine vingt-cinq ans. Mais la qualité et l’accessibilité des ressources se dégradent.

Plutôt qu’ouvrir de nouvelles mines, il faut tendre vers une baisse drastique des extractions, afin de préserver les générations futures d’une trop grande pénurie. Pour compenser cette baisse, il faudrait d’abord recycler davantage les métaux ; les marges de progrès sont énormes. »

 

Le projet de réforme du code minier lancé en 2013 prévoyait justement une procédure de définition des principes de gestion durable de cette ressource commune, à travers une planification de long terme. Une idée aujourd’hui remisée dans les placards du Ministère de l’industrie sous pression des industriels miniers : la réforme du code minier est suspendue.

 

Pour Stop Mines 87, les décisions actuelles court-termistes d’exploitation à tout prix de nouvelles mines, ne sont pas à la hauteur des enjeux de la gestion durable d’une ressource commune.

 

2- La mine : un atout pour le territoire ?

 « L’activité minière constitue, de fait, une opportunité de développement économique local, créatrice de 100 à 300 emplois directs sur le site. Et, comme toute activité industrielle primaire, chaque poste engendre 10 postes secondaires et tertiaires.

Avec le développement du tourisme industriel, la mine est également susceptible de représenter un atout touristique. Et cette activité favorise aussi la construction de nouvelles infrastructures qui survivront à la fermeture de la mine. ». Jean-Claude Guillaneau, directeur des géoressources au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), 27 janvier 2016, Gazette des communes.

Second argument en faveur des mines : la création d’emploi et d’infrastructures. En effet, qui ne rêve pas pour ses enfants d’un emploi de mineur ? Cet argument un peu court oublie de préciser que les créations d’emplois locaux concernent essentiellement la phase de mise en exploitation. « Le reste de cette activité industrielle étant fortement mécanisée, le volume d’emploi chute dans les années qui suivent »[2]

C’est oublier que le territoire concerné n’a pas attendu les mines pour se lancer dans des politiques de développement et d’emplois de qualité, et que l’activité minière, par ses impacts sur les terres agricoles, supprime également beaucoup d’emplois.

C’est oublier également de dire que l’exploitation minière est par définition une activité temporaire. Au plus 20 ans d’exploitation, puis l’activité laisse ses déchets pour des siècles sur un territoire qui ne peut plus développer d’autres activités. L’activité minière n’est donc pas durable en terme d’emplois.

 

Concernant les infrastructures, l’expérience montre que la mine constitue davantage un coût pour la société en terme d’infrastructures. La circulation des camions générée par cette activité oblige les communes et le Conseil départemental à financer des aménagements routiers et à entretenir davantage des routes dégradées. Et ce n’est pas l’exploitant minier qui paie.

Alors souhaitons nous pour nos territoires que des emplois agricoles durables liés à une agriculture extensive de qualité soient remplacés par des emplois temporaires, sous-qualifiés et liés à une activité industrielle dangereuse pour la santé des travailleurs ? Est-il besoin de répondre…

 

3- L’exploitation minière : une activité propre ?

Dernier argument porté par les industriels miniers et le Ministère de l’industrie comme le BRGM : la mine a évolué et, est techniquement aujourd’hui devenue une activité propre.

Elle est même engagée depuis 2015 dans une démarche de « mine responsable » réunissant le ministère de l’industrie, des élus, le BRGM et les industriels du secteur.

La « mine propre » vous dites ?

Le limousin a malheureusement une expérience importante en matière minière. Premier producteur national d’uranium entre 1950 et 2001, producteur d’or jusque dans les années 90, le territoire limousin a une très bonne expérience de la mine.

Il sait ce que les industriels miniers oublient de mentionner : une mine ce n’est pas une carrière. On ne sort pas d’une mine des pépites d’or ou des lingots tout faits.

Une mine nécessite l’installation d’usines chimiques de transformation du minerai pour en extraire le métal. Et ces usines chimiques utilisent des produits de traitement dangereux (acides notamment) et génèrent des quantités très importantes de déchets. Par exemple en matière d’uranium, la production d’1 kg d’uranium génère 3 500 kg de déchets.

Ces déchets d’exploitation et de transformation sont abandonnés sur place par l’industriel, et laissés en gestion aux territoires. Les stockages de déchets nécessitent des traitement d’eau afin de prévenir les pollutions. De nombreux sites miniers aurifères limousins même « réhabilités » génèrent aujourd’hui des pollutions de l’eau importantes et des restrictions d’usage de l’eau potable.

Voilà l’expérience limousine en matière minière ! C’est d’ailleurs sur la base de cette expérience que la grande majorité des communes concernées par le PER de Bonneval s’est prononcée contre le projet.

Les scandales actuels en France (Nouvelle-Calédonie) ou au Brésil démontrent que l’activité industrielle minière est une activité qui génère des pollutions importantes qui ne sont pas maîtrisées, et toujours une situation post-exploitation de gestion de déchets en quantité astronomique.

 

La « charte de la Mine responsable » ?

Il s’agit en réalité d’une « charte » volontaire remplaçant la réforme attendue du code minier. C’est la raison pour laquelle les deux grandes ONG nationales invitées ont claqué la porte le 15 septembre 2015 : la fédération FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT et INGENIEURS SANS FRONTIERES. Selon ces deux organisations nationales de référence :

« Le seul véritable progrès qu’ait réalisé l’industrie minière est d’obliger les exploitants à respecter certaines règles minimales qu’ils ignoraient volontairement jusqu’alors. A l’heure de l’intensification de cette activité, les exploitants miniers devraient redoubler d’efforts pour réduire leurs impacts, d’autant qu’ils travaillent globalement de la même façon depuis le siècle dernier. En effet, ni les processus d’extraction ni ceux du traitement du minerai n’ont été fondamentalement réinventés depuis. La constante automatisation des procédés et l’utilisation massive de modélisations numériques ont certes amélioré les conditions de sécurité des travailleurs, la définition des zones minéralisées et la valorisation des minéraux extraits ; mais les conflits sociaux, les désastres sanitaires et environnementaux persistent, aggravés par la tendance moderne au gigantisme des exploitations minières. »[3]

 

Pour STOP MINES 87, la mine du XXIé siècle est la même que la mine dont nos territoires ont l’expérience : une activité industrielle destructrice de l’emploi, de l’environnement et donc des territoires.

[1]Auteur de « L’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable », Seuil, 2014

[2]Philippe Bihouix

[3]https://www.isf-france.org/l_initiative_mine_responsable_passee_au_crible