
publié le 22 juin 2026
Auteurs
GABRIEL MELUN (Direction de la recherche et de l’appui scientifique – DRAS)
gabriel.melun@ofb.gouv.fr
PIERRE BOYER (Direction de la Police et du permis de chasser – DPPC)
pierre.boyer@ofb.gouv.fr
Résumé:
Les mines s’intéressent à l’extraction de substances minérales « stratégiques « , notamment les
métaux (or, argent, cuivre, nickel, uranium, etc.), les métalloïdes (arsenic, antimoine, silicium,
etc.) et les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, houille, lignite, etc.). L’extraction de ces
substances d’intérêt est aujourd’hui massive, afin notamment de répondre à la demande
croissante accompagnant la transition énergétique, numérique et la décarbonation. Les travaux
miniers sont conduits majoritairement en surface mais de nombreuses exploitations sont
encore menées en souterrain, alors même que les ressources sous-marines suscitent désormais
un fort engouement. Ce rapport a pour premier objectif de réaliser une synthèse
bibliographique, scientifique et objective, des impacts environnementaux induits par les
activités minières à l’échelle nationale et internationale. Il présente ainsi successivement les
impacts liés:
1) à la déforestation,
2) aux altérations géomorphologiques et hydromorphologiques,
3) à la dégradation – qualitative et quantitative – de la ressource en eau,
4) aux pollutions affectant l’air et les sols ; et finalement,
5) aux atteintes qui en résultent sur la biodiversité aquatique et terrestre.
Ce travail met en évidence l’intensité forte, croissante et la
grande durabilité des dommages inhérents aux travaux miniers, tant à l’échelle locale, régionale
que globale. En parallèle, les activités minières ont potentiellement de lourds impacts sociaux,
économiques et sanitaires. En s’appuyant sur ces constats, ce rapport a pour second objectif
d’éclairer une réalité complexe afin de sensibiliser et d’accompagner la société et l’ensemble
de ses acteurs vers des prises de décisions cohérentes et un changement transformateur
nécessaire pour concilier les nécessaires activités extractives d’une part, et la protection de
l’environnement et de la biodiversité d’autre part.
RÉSUMÉ EXÉCUTIF

Cette synthèse examine les conséquences environnementales des activités
minières sur les écosystèmes et leur biodiversité à l’échelle mondiale. Elle met en
lumière les impacts majeurs, durables et croissants – y compris dans les décennies
à venir – des activités minières sur les différentes composantes de
l’environnement. Les activités minières mobilisent de nombreuses substances
polluantes tout au long de leurs processus d’extraction et de traitement. Elles génèrent dans le
même temps une très grande quantité de déchets miniers (/ stériles 0 et résidus miniers)
toxiques, présentant un risque environnemental sur le long terme (siècles, millénaires voire audelà).
Chaque année, ce sont ainsi plusieurs dizaines de milliards de tonnes de déchets miniers
qui sont produits et qui viennent s’ajouter aux déchets des activités minières passées.
L’exploitation des gisements et le stockage des déchets consomment ainsi énormément
d’espace : la surface occupée par les déchets miniers est estimée à plus d’un million de km²,
soit approximativement deux fois la superficie de la France hexagonale.

Déforestation : les activités minières contribuent directement à la déforestation
mondiale dont elles représentent environ 7 %. La déforestation / indirecte 0
(création de pistes, extension urbaine et agricole liée) est plus intense encore et
contribue à accroître la destruction et la fragmentation des milieux forestiers et
des puits de carbone qu’ils constituent. Si l’ensemble des biomes forestiers sont touchés, les
forêts tropicales sont tout particulièrement impactées alors même qu’elles constituent des
hotspots de biodiversité. L’implication des activités minières dans la déforestation s’intensifie
ces dernières années et les impacts s’étendent désormais aux périmètres de protection de la
nature. En Amazonie, les exploitations minières ont causé une déforestation directe et indirecte
cumulée estimée à 12 000 km² entre 2005 et 2015. Ces 20 dernières années en Guyane française,
les mines légales et illégales ont entraîné la disparition d’environ 33 000 hectares de forêt
tropicale, dont 5 600 ha dans l’emprise du Parc amazonien de Guyane.

Consommation en eau et en énergie : les activités minières mobilisent de très
importantes quantités d’eau, tant pour l’extraction que pour le traitement des
minerais. À l’échelle mondiale, l’industrie minière serait chaque année à l’origine
de 22 % des volumes prélevés, soit 800 milliards de m3. Produire 1 tonne d’or
mobilise par exemple 310 000 m3 d’eau ; 1 tonne de lithium, jusqu’à 2 200 m3 d’eau
et 1 tonne de cuivre, entre 100 et 500 m3 d’eau. Dans le même temps, les principaux sites miniers
sont majoritairement situés dans des zones déjà exposées à un stress hydrique, multipliant et
exacerbant les conflits d’usage de la ressource en eau. En termes d’énergie, l’industrie minière
mondiale consomme environ 6 % de l’énergie globale produite, ce qui en fait l’un des secteurs
les plus énergivores. Les opérations minières industrielles de broyage et la concentration des
minerais sont particulièrement consommatrices, entraînant dans le même temps
d’importantes émissions de gaz à effet de serre (10 % des émissions mondiales).

Pollution de l’eau, de l’air et des sols : l’activité minière constitue l’une des
principales sources de pollution de l’eau, de l’air et des sols à l’échelle mondiale.
Les mines sont à l’origine d’une très forte dégradation physico-chimique des eaux
de surface exposées aux / drainages miniers acides 0 qui entraînent le relargage
d’importantes quantités de substances toxiques et d’éléments-traces (arsenic, mercure, plomb,
10
cadmium, etc.) / infiniment persistants 0, dont les conséquences et les nécessités de gestion se
manifestent sur le très long terme. Ces pollutions peuvent également affecter les nappes
phréatiques, et leur transfert vers l’aval – via le réseau hydrographique – expose de longs linéaires
de cours d’eau, jusqu’aux zones littorales et estuariennes. Dans le bassin du Maroni, on estime
par exemple que plus de 10 000 km de cours d’eau sont directement impactés par les activités
minières légales et illégales confondues. Les mines industrielles et l’ensemble des processus
qu’elles mobilisent sont également à l’origine de fortes émissions de particules fines et de
polluants atmosphériques gazeux qui sont transportés sur plusieurs dizaines voire centaines de
kilomètres et peuvent affecter les sols autour des sites miniers en se redéposant.

Impacts sur la biodiversité : en contribuant à la dégradation et à la fragmentation
des habitats (y compris au sein d’espaces naturels protégés), à la surexploitation
des ressources naturelles et à la pollution des milieux à l’échelle globale, les
activités minières sont directement impliquées dans l’érosion généralisée de la
biodiversité mondiale. Selon une revue systématique portant sur 2 100 références, 99,8 % des
études scientifiques mettent en évidence un impact négatif des activités minières sur la
biodiversité et les services rendus par les écosystèmes. L’ensemble des compartiments
biologiques est affecté, tant au sein des écosystèmes aquatiques que terrestres. Les
contaminations du biote induites par les activités minières entraînent de nombreux effets
délétères affectant la diversité ou l’abondance spécifique ; et à terme, le déclin – voire la
disparition locale – de population d’espèces. De plus, en se propageant le long de la chaîne
trophique, ces contaminations peuvent induire localement ou régionalement un risque
sanitaire pour l’Homme. Dans le bassin amazonien, plus 1,5 million de personnes sont ainsi
directement impactées par les contaminations mercurielles issues des activités minières.

Perspectives : les besoins en ressources minérales, déjà importants, devraient
exploser dans les années à venir, en réponse notamment à une demande
croissante en métaux nécessaires à la transition énergétique et numérique. Il est
prévu d’extraire plus de matériaux dans les 35 prochaines années que depuis le
début de l’Antiquité. Dans le même temps, et à l’échelle mondiale, la teneur des différents
gisements exploités tend à s’effondrer. Dans ce contexte, l’accès aux nouveaux gisements, leur
exploitation et le traitement des minerais nécessiteront demain toujours plus d’eau et plus
d’énergie. L’activité générera également plus de déchets miniers et de substances polluantes et
toxiques, suivant des trajectoires déjà observables et caractérisées. Au-delà des dégradations
actuelles, il s’agit également de gérer les dégradations héritées des activités minières passées.
En France hexagonale, plusieurs milliers de sites miniers / orphelins 0 potentiellement pollués
sont recensés, et gérés le cas échéant. Ces sites nécessitent une surveillance sur le long terme.
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